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Au revoir stress de l’urgence, bonjour Flow

Imaginez Jean.

Il vient me voir pour une première rencontre. De l’extérieur, sa vie est une réussite LinkedIn parfaite : en couple avec Gabrielle depuis dix ans, deux enfants adorables (Hubert, 8 ans, et Laure, 5 ans), une maison, et un poste de développeur chez un géant du jeu vidéo. Il gagne très bien sa vie. Les conflits sont occasionnels, les moments en famille plutôt doux.

Et pourtant…

Alors que tous les voyants sont au vert, que tout semble couler de soi, Jean a tout de même le sentiment qu’il lui manque un petit « quelque chose » pour affirmer qu’il est vraiment heureux. Il se sent un peu vide, malgré ce plein en apparence. « Suis-je un éternel insatisfait ? » me demande-t-il, un mélange d’anxiété et d’embarras dans la voix.

Ça vous est déjà arrivé ?

Le piège du chasseur-cueilleur moderne

Il peut nous arriver d’avoir ce sentiment étrange de ne pas être tout à fait à l’aise, même lorsque la chance nous sourit. Nous en venons parfois à envier la vie simple de nos animaux de compagnie — nourriture, soleil, caresses suffisent à les combler. (J’ai moi-même toujours eu au moins un chat à la maison, et leur simplicité est sincèrement une leçon de vie.)

D’autres fois, nous fantasmons sur l’époque des chasseurs-cueilleurs : quand la chasse était bonne, le chasseur se sentait satisfait. C’était la version primitive du « job done ». Les rôles et responsabilités étaient clairs. Tout était simple et tout faisait sens.

Aujourd’hui, nous sommes ultra-sollicités. Nous réagissons sous stress aux urgences des autres, et éteignons de multiples feux au quotidien. C’est fou la force vitale que nous dépensons simplement pour rester à flot. Nous avons si peu de temps pour réfléchir à notre motivation, au sens que nous donnons à nos activités . Ce manque d’alignement interne et de sens finit par jouer sur notre motivation personnelle, en plus d’être source d’un vide.

Nous sommes la plupart du temps en mouvement et en état d’agitation.

Le stress comme carburant ?

Le mythe de l’urgence est si ancrée qu’elle est intégrée dès notre plus jeune âge. Que ce soit à l’école, où les examens et les notes nous motivent souvent par la carotte et le bâton, ou en entreprise, le stress est non seulement toléré, mais activement utilisé comme un levier de performance.

On crée des délais serrés, des situations de pression ou des « crises » artificielles pour forcer la productivité. La peur de l’échec ou de la critique devient, hélas, le carburant le plus facile pour performer.

Cette approche n’est pas durable : elle donne l’illusion de l’efficacité à court terme. Agir uniquement sous l’impulsion de l’urgence ou de la peur est la recette d’une performance instable et d’un épuisement garanti à long terme. Elle nous brûle à petit feu.

Le véritable épuisement n’est pas physique. Il est mental et émotionnel. L’action sans alignement nous coûte plus cher en force vitale qu’elle ne nous rapporte en clarté. Comme Jean, nous avons à nous poser la question : qu’est-ce qui me motive et donne du sens à ma vie ?

Nous avons deux grands moteurs qui nous poussent à agir :

  1. La motivation extrinsèque (externe) : c’est le moteur le plus commun. l’action est un moyen pour obtenir une récompense : argent, reconnaissance, statut social ou avancement de carrière.
  2. La motivation intrinsèque (auto-déterminée) : c’est le moteur le plus puissant. elle naît de l’épanouissement et du sens de la plénitude qu’apporte l’activité en elle-même.

La recherche est claire : l’individu qui mobilise principalement cette motivation intérieure est plus résilient, plus engagé et plus performant autant dans nos relations, notre vie personnelle qu’au travail.

La véritable menace pour notre bien-être est le manque d’autodétermination : le burn-out est une alarme qui signale que notre force vitale est gaspillée dans l’effort sans sens, dans des tâches qui ne nourrissent ni notre potentiel ni notre conviction intérieure.

Entrer dans la zone du Flow

Mihaly Csikszentmihalyi, l’un des pères de la psychologie positive, a découvert que l’expérience de vie optimale – l’antidote le plus efficace à ce vide – réside dans ce qu’il nomme le Flow (ou « état de flux »). Il décrit le Flow comme l’état dans lequel les gens sont tellement impliqués dans une activité que rien d’autre ne semble importer. Il ajoute que la concentration est si intense qu’il ne reste aucune attention pour penser à quoi que ce soit d’autre ou pour s’inquiéter des problèmes. La conscience de soi et le sens du temps disparaissent.

Vous avez probablement déjà vécu ces moments de grâce : vous travaillez sur un projet qui vous tient à coeur et vous êtes tellement concentré sur ce que vous faites que deux heures s’écoulent sans que vous vous en rendiez compte. Ou vous êtes en train de jouer d’un de la guitare, vos doigts parcourent le manche sans que vous ayez à lire les notes ou à penser au prochain accord. Vous êtes en harmonie parfaite avec l’instrument. La peur disparaît : vous ne pensez plus à la qualité de votre performance. Vous êtes simplement là, présent. C’est dans ce moment de grâce, où toute votre force vitale est canalisée, que vous êtes dans la zone.

Le Flow est le moteur le plus puissant et le plus durable. C’est cet état où vous êtes tellement absorbé(e) et concentré(e) par ce que vous faites que :

  • Le monde s’efface : vous ne pensez plus à vos problèmes, à ce que vous avez à faire après, ni même à vous-même. L’action et la conscience ne font qu’un.
  • Le temps s’arrête : une heure passe comme cinq minutes (ou inversement).
  • Vous agissez sans effort : vous faites ce que vous avez à faire avec une aisance naturelle, comme si vous étiez porté par la vague.
  • En bref : vous agissez uniquement pour le plaisir d’agir, sans attendre de récompense externe. L’activité est sa propre fin, et votre potentiel est utilisé de manière optimale.

Quand vous êtes « dans la zone », vous atteignez une efficacité maximale sans ressentir de stress. Le Flow est le moteur le plus puissant et le plus durable. Au lieu de consommer votre potentiel pour fuir le stress, vous l’utilisez pour créer une expérience riche. Le Flow se situe dans cette zone d’équilibre dynamique où le temps se contracte, où l’objectif est clair, et où la peur du jugement disparaît :

  • Le défi de la tâche correspond parfaitement à vos compétences.
  • L’action et la conscience fusionnent (vous ne pensez plus à vous-même).
  • L’objectif est clair et le feedback est immédiat.
Le Flow : le moteur de plénitude

Notre but ultime est de multiplier les moments de Flow dans notre vie, car c’est en eux que réside la véritable plénitude et que nous déployons notre force vitale. Vivre des moments de Flow n’est donc pas un luxe, c’est une nécessité pour notre bien-être durable. 

Lorsque nous sommes dans cet état, nous sommes entièrement alignés avec nos valeurs, et c’est à ce moment précis que nos actions deviennent porteuses de sens, nous aidant ainsi à construire une vie riche et profonde. 

Ces moments de pure présence sont les seuls qui nous permettent de goûter à une satisfaction profonde et durable, qui elle, ne dépend d’aucune récompense externe ou de l’approbation d’autrui. Le Flow est la preuve que le bonheur réside dans l’acte d’agir consciemment.

L’application pratique du Flow

Le Flow ne vient pas du hasard. Il est le fruit d’une planification intentionnelle de votre environnement et de votre agenda. C’est un exercice d’assertivité et de priorisation. Pour retrouver le sens qui lui manque, Jean peut apprendre à faire des choix :

  • L’écoute : le matin, face à votre to-do list, nous pouvons commencer par choisir l’élément le plus urgent (générateur de stress) ou par la tâche qui a le plus de potentiel de Flow (générateur de sens).
  • Le soin : le Flow demande que nous protégions du temps contre les interruptions. C’est le moment de dire « non » aux appels, courriels et aux notifications.
  • L’environnement : nous pouvons nous entourer de personnes qui génèrent l’énergie du Flow (curiosité, défi sain) plutôt que de rester dans un environnement qui active notre stress (jugement, compétition toxique).

Ces choix, petits et grands, sont les briques qui construisent un quotidien heureux. Car le chemin vers le bien-être n’est pas de travailler plus dur, mais de choisir plus intelligemment pour vivre une vie pleine de sens.

Prêt à explorer votre flow ?

Serge Giguère, 26 novembre 2025


Cultiver l’harmonie en soi et avec les autres


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